Métacognition et sophrologie : apprendre à observer ce qui se passe en soi

On parle de plus en plus de métacognition sur les réseaux sociaux, dans le domaine de l'apprentissage, des neurosciences, de la préparation mentale ou du développement personnel.
Derrière ce terme un peu complexe se cache pourtant une capacité assez simple : prendre conscience de son propre fonctionnement mental.
Observer une pensée qui revient, reconnaître une réaction automatique, remarquer que notre attention s'est dispersée ou identifier ce qui se passe en nous : nous ne sommes alors plus seulement dans l'expérience, nous devenons également capables de l'observer.
Et c'est précisément sur ce point que la métacognition rencontre certaines dimensions de la sophrologie.
Qu'est-ce que la métacognition ?
La métacognition est souvent résumée par l'expression « penser sur sa propre pensée ».
Elle désigne notamment notre capacité à prendre conscience de certains de nos processus mentaux : observer notre manière de penser, reconnaître nos automatismes, évaluer nos stratégies et, lorsque cela est possible, ajuster notre fonctionnement.
Pourquoi cette pensée revient-elle ? Pourquoi est-ce que je réagis ainsi dans cette situation ? Qu'est-ce qui se passe en moi lorsque mon stress augmente ?
La métacognition crée ainsi une forme de recul : je ne suis plus uniquement dans ma pensée, je peux aussi prendre conscience que je suis en train de penser.
Pourquoi en parle-t-on autant aujourd'hui ?
Notre quotidien sollicite continuellement notre attention : écrans, informations, notifications, travail, préoccupations personnelles...
Nous pouvons facilement fonctionner en mode automatique, enchaîner les pensées et réagir sans toujours percevoir ce qui se passe en nous.
Développer ses capacités métacognitives permet justement de mieux reconnaître ces mécanismes et de créer davantage d'espace entre ce que nous vivons et la manière dont nous y répondons.
Il ne s'agit pas de contrôler toutes nos pensées, mais d'apprendre à mieux les observer.
La sophrologie entraîne déjà cette capacité d'observation
Une pratique sophrologique ne consiste pas uniquement à « se relaxer ».
Les relaxations dynamiques et techniques psychocorporelles mobilisent le corps, la respiration, l'attention, les sensations et les perceptions. Mais elles nous entraînent également à observer ce qui se passe en nous.
Après chaque pratique, un temps est consacré à l'accueil du vécu : qu'ai-je ressenti ? Qu'est-ce qui a changé dans mon corps ? Quelles sensations, émotions ou pensées sont apparues ?
L'exercice ne s'arrête donc pas avec le mouvement ou la technique : l'observation de l'expérience fait elle-même partie de la pratique.
Cette observation répétée développe progressivement une conscience plus fine de notre expérience. Nous apprenons à percevoir ce qui se passe dans notre corps, mais aussi à remarquer ce qui traverse notre esprit.
Du corps vers une conscience plus fine de soi
C'est probablement l'une des particularités intéressantes de la sophrologie.
Là où la métacognition est souvent présentée à travers la pensée, la sophrologie utilise aussi le corps comme porte d'entrée vers la conscience de soi.
Une respiration qui s'accélère, des épaules qui se contractent, un ventre noué ou, au contraire, une sensation de relâchement sont autant d'informations que nous pouvons apprendre à percevoir.
Porter volontairement attention à ces manifestations nous ramène davantage au moment présent. Et cette capacité d'observation ne s'arrête pas au corps : elle peut également nous permettre de remarquer les émotions et les pensées qui accompagnent ce que nous vivons.
C'est ici que le rapprochement avec la métacognition prend tout son sens : observer une pensée permet de ne plus être uniquement absorbé par elle.
Une forme de recul devient possible. Nous pouvons progressivement apprendre à observer ce qui se passe en nous sans nous laisser systématiquement entraîner par nos pensées ou nos réactions automatiques.
La phénodescription : mettre des mots sur l'expérience vécue
En sophrologie, ce temps d'observation peut se prolonger par la phénodescription, c'est-à-dire la mise en mots de ce qui a été vécu au cours de la pratique.
Il ne s'agit pas de chercher immédiatement une explication ni de juger l'expérience, mais d'accueillir et de décrire, lorsque la personne souhaite l'exprimer, les sensations, perceptions, émotions ou pensées qui se sont présentées.
Mettre des mots suppose d'avoir d'abord porté attention à son expérience.
Avec la répétition, ce qui se déroulait auparavant presque automatiquement peut devenir progressivement plus perceptible et plus conscient.
On pourrait résumer ce chemin ainsi :
Ressentir → Observer → Prendre conscience → Prendre du recul → Ajuster
Métacognition et sophrologie : un point de rencontre
Sophrologie et métacognition ne sont pas synonymes.
Mais elles peuvent se rencontrer autour d'une capacité essentielle : observer ce qui se passe en soi pour mieux comprendre son fonctionnement et prendre du recul face à ses automatismes.
Par le corps, la respiration, les sensations, les émotions et les pensées, la pratique sophrologique nous entraîne à développer cette qualité de présence et d'observation.
Il ne s'agit pas de faire disparaître nos pensées ni de chercher à tout contrôler. Il s'agit progressivement d'apprendre à les observer sans nous laisser systématiquement absorber par elles, afin de retrouver davantage de présence et de liberté dans notre manière de vivre et de répondre aux situations.
Didier Bombrun
Sophrologue et préparateur mental en neuropsychologie
📞 06 89 14 04 79




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